FOLD DE DAVID AYOUN — LUTTE ET COMPLAINTE⎪Jean-Baptiste Carobolante⎪2022


L’exposition fold de David Ayoun, présente à La Centrale durant la Biennale Watch This Space 11, prend la forme d’une installation s’affirmant comme le théâtre d’une lutte et d’une complainte. Nous entrons dans l’espace et sommes de suite saisi par des chants et des sons alternant avec le poids du silence. Des voix d’opéra hachées, dialoguent avec des bruits de compression d’un ballon de gym. Le souffle désordonné de ce qui n’est plus un langage rejoint celui d’une substance qui s’évide. Il ne s’agit plus d’une communication, mais d’un signifiant tragique. Nous doutons, alternons entre la tristesse et la crainte. S’agit-il d’une plainte ou d’une invective ? Autour de nous, de nombreux ballons de gym permettent au spectateur de s’installer pour regarder des vidéos, à moins qu’il ne s’agisse des résidus d’une fête triste. Les trois couvertures de survie accrochées au mur en témoigne, leur brillance est aussi joyeuse que leur symbolique nous ramène à l’urgence d’un danger inconnu. Sur trois écrans, dans les différentes vidéos qui s’alternent, le corps de l’artiste est toujours en prise avec des éléments à la fois triviaux et métaphysiques. Ici, David Ayoun lutte à bras le corps pour dégonfler un matelas pneumatique ou un ballon de gym phosphorescent ; là, il tourne sur lui même, la tête posée sur un néon placé à la verticale ; ou encore, il semble se courber sous le poids d’un paysage trop imposant. Enfin, nous pouvons jouer, grâce à un touchpad, avec une modélisation de l’artiste, projetée sur l’entièreté d’un mur. Nous tournons et retournons l’avatar, pris dans les méandres de vecteurs numériques comme dans une toile d’araignée.

Le « fold » dont il s’agit, ce plis, est celui d’une puissance qui tombe sur l’humain comme l’on referme un livre. Tout est écrit : la technique ne sauve pas l’Homme mais l’arraisonne. Il y a une prédestination des usages qui font du corps non pas le possesseur de la technique, mais son valet. Le numérique devient l’égal d’un souffle, d’une âme, d’une puissance invisible, qui, pourtant, fait tout. Face à cette forme spectrale, le corps n’est qu’un pantin, une marionnette qui s’émeut toujours de cette époque fantasmée où elle était libre.

Jean-Baptiste Carobolante
Janvier 2022

in Publication Watch This Space 11
édité par 50 degrés Nord


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