Etats et fictions du corps⎪textes critiques⎪Fanny Lambert

Fanny Lambert sur David Ayoun.
Fin 2018, la malterie a invité huit auteurs critiques à rencontrer et écrire sur huit artistes de la malterie.
Produits avec le soutien de l’ADAGP et de la Région Hauts de France.

 


 

 


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David Ayoun – Etats et fictions du corps

Fanny Lambert

 

La pratique de David Ayoun est affaire de passages et d’hybridation. Du monde des vivants aux mondes des morts, des matérialités aux virtualités des corps, de l’apparition aux disparitions, et enfin, de la nature à l’ultra technologie. Diplômé en 2015 du Fresnoy, puisant chez des réalisateurs tels que W. Apichatpong ou T. Kobayashi ce qu’il nomme ses « imaginaires plastiques » de cinéma, David Ayoun compose à travers ses films, vidéos, installations numériques ou performances, des espaces où temporalités, son et substanciation des corps se fondent.

De ce pays archaïque à la nature originelle (Deha Vānī, film, 2014), on y accède par d’autres biais. Par la musique, le silence mais aussi la métamorphose qui finit de réunir l’ensemble des intentions constitutives de l’artiste. 

Dans l’installation co-générative Danse//Fragment (2015), c’est la sensation d’un volume en trois dimensions d’une silhouette qui nous est invité d’éprouver alors qu’elle n’est que la succession de lignes croisées entre elles suivant le cercle chromatique.

A travers cette interrogation, que la technique nous fait-elle ? Comment se renvoie-t-elle à nous ? Comment habitons-nous et embrassons-nous ce corps ? Matérialité, informe et hypergeste, le corps, chez David Ayoun, s’incarne et se fond dans des utopies de corps. Ici des animations en volume sur écran, là, la pétrification par la céramique d’un geste retourné sur lui même (Gestes-Porcelaines, 2019). Ailleurs, l’extraction d’un lexique depuis la voix de Michel Foucault (Le Corps utopique, 2017- ) et ses dérives chorégraphiques et textuelles. 

Le corps numérique et incarné cette fois serait-il lui aussi du domaine de l’utopie ? Puisque le double, la réplique est le seul possible pour ce corps d’échapper à lui-même.

S’il est parfois question de refouler la forme, il en sera davantage de rendre visible le geste et d’enserrer l’informe. Rendre visible, c’est en partie affirmer la réalité d’un corps qui creuse l’espace ou s’habite de l’intérieur, qu’il « soit ici ou sous un autre ciel »1. Utopie pleine en effet de pouvoir embrasser le corps et les multiples métamorphoses de son âme. Toucher du doigt cette béance intangible entre corps et incarnation de corps. 

 

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Michel Foucault, Le corps utopique, Nouvelles Editions Lignes, 2009, Issue originairement d’une transmission radiophonique datant de 1966.

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